Le Maroc célèbre Yennayer, le Nouvel An amazigh, pour la première fois en grande pompe

Publié le 18/01/2024
avec Courrier International


Dans une avancée significative pour la reconnaissance des Berbères au Maroc, le pays s'apprête à célébrer le Nouvel An amazigh, communément connu sous le nom de "Yennayer", pour la première fois en tant que jour férié et rémunéré le 14 janvier. Cette décision marque un tournant historique, réclamé depuis longtemps par la communauté Amazigh, également connue sous le nom de Berbères, qui a longtemps été marginalisée dans la société marocaine.

Les Amazighs, un peuple autochtone d'Afrique du Nord, ont une présence millénaire sur le territoire maghrébin, bien avant la conquête arabo-musulmane du VIIe siècle. Actuellement, le Maroc compte la plus grande population Amazigh, avec près de 70 % de ses citoyens revendiquant des origines Amazigh, selon le média en ligne The New Arab.

Les origines historiques de Yennayer suscitent encore des débats parmi les historiens. Pour certains, cette célébration du Nouvel An est un hommage à la nature et à l'environnement, tandis que d'autres estiment qu'elle commémore l'avènement du roi berbère Sheshonq Ier en tant que pharaon d'Égypte. Cette dernière explication pourrait expliquer les 950 années d'avance du calendrier amazigh sur le calendrier actuel.

Ce flou historique a également eu des répercussions sur la date officielle de Yennayer, avec différentes dates de célébration dans les pays du Maghreb, pouvant varier entre le 12, le 13 ou le 14 janvier.

Malgré leur présence significative dans le royaume, la reconnaissance des Amazighs au sein de la société marocaine est un développement relativement récent. Lors de l'indépendance du pays en 1956, les Amazighs ont été négligés au profit de la culture arabe, considérée alors comme l'unique gardienne de l'unité nationale par les indépendantistes.

Il a fallu attendre l'année 2001 pour que Mohammed VI reconnaisse enfin la culture amazighe comme faisant partie du patrimoine national, et une décennie de plus pour que leur langue, le tamazight, soit officiellement reconnue aux côtés de l'arabe. En 2010, Tamazight TV, une chaîne de télévision publique marocaine dédiée à la promotion de la culture amazighe, a été créée.

Cependant, sur le terrain, les militants berbères critiquent la lenteur de la mise en œuvre de leur langue et accusent le gouvernement marocain de manquer de volonté, comme l'a rapporté la version anglophone du média panarabe Al-Jazeera. En 2019, une nouvelle loi a été promulguée pour généraliser l'utilisation du tamazight, en particulier dans les administrations, les collectivités territoriales et les services publics. L'un des résultats les plus visibles de cette officialisation a été l'apparition de l'alphabet tifinagh aux côtés de l'arabe et du français sur les bâtiments publics.

Le Premier ministre marocain, Aziz Akhannouch, lui-même d'origine berbère, a augmenté en 2023 de 50 % le budget destiné à soutenir la langue amazighe, marquant ainsi un engagement accru envers la promotion de la culture et de la langue Amazigh au Maroc.