Ayodhya et la politique : L'Inde et la manipulation de l'hindouisme pour le pouvoir

Publié le 22/01/2024
via Courrier International


Dans l'histoire, les édifices religieux, tels que palais et temples, ont toujours symbolisé l'autorité et l'ordre social. Cependant, la séparation de l'Église et de l'État, une idée moderne, n'a pas toujours été respectée. Historiquement, les relations entre la royauté et le clergé ont varié, allant de la collaboration à la contestation. Les rois construisaient des temples pour renforcer leur légitimité, tandis que les prêtres cherchaient la protection de l'État. Avec la modernité, ce rapport a évolué, tout comme les liens entre nationalisme et religion.

En Inde, la ville sainte d'Ayodhya est actuellement le centre d'une grande attention. Plus de 100 000 fidèles se rassemblent pour l'inauguration du Ram Mandir, un temple hindou dédié au roi mythique Rama. Bien que le temple ne soit qu'à moitié construit, une cérémonie grandiose, orchestrée par le Premier ministre Narendra Modi, est prévue le 22 janvier. Le Guardian souligne que l'événement sera diffusé nationalement et même à Times Square, à New York.

Le Ram Mandir est un symbole fort en Inde. Il est considéré par de nombreux hindous comme le lieu de naissance de Rama, et se trouve sur le site d'une ancienne mosquée, détruite en 1992 par des militants hindous, entraînant des émeutes et de nombreux décès. En 2019, la Cour suprême indienne a tranché en faveur des hindous, une victoire pour Narendra Modi et son parti, le BJP. Cette inauguration, à l'approche des élections d'avril, semble être une manœuvre politique visant à renforcer le soutien électoral.

Aujourd'hui, en Inde, il est de plus en plus difficile de distinguer les sphères royale, cléricale, politique et dévotionnelle. L'inauguration du temple de Rama à Ayodhya est un jalon dans la transformation de l'Inde en nation hindoue. Face à cette évolution, les idées sur l'Inde, entre héritage colonial et civilisation intemporelle, sont remises en question. La montée de l'hindutva, une idéologie nationaliste hindoue, a perturbé l'équilibre entre tradition et modernité, hindous et musulmans.

Diana Eck, dans "L’Inde, une géographie sacrée", et Jawaharlal Nehru, dans "La Découverte de l’Inde", soulignent l'importance des pèlerinages et des lieux sacrés dans la formation de l'identité indienne. Mais la démolition de la mosquée Babri Masjid en 1992, initialement un acte de vandalisme, est aujourd'hui perçue comme une "victoire nationale" par le gouvernement.

La création du corridor de Kashi à Varanasi, ainsi que l'intervention judiciaire sur le site de la mosquée de Gyanvapi, montrent une réaffectation des ressources culturelles pour servir un ordre politique hindou. L'Inde moderne, tout en explorant l'espace, reste attachée à ses racines religieuses et historiques, redéfinissant ainsi son identité nationale.