Quand la ville sainte bouleverse l'esprit: Comprendre le syndrome de Jérusalem

Publié le 03/02/2024
Soubha Info


Dans le panorama complexe des phénomènes psychiques liés aux voyages, le syndrome de Jérusalem occupe une place singulière, témoignant de l'impact profond que peut avoir la visite d'une ville empreinte d'histoire et de spiritualité sur l'esprit humain. Ce trouble, non reconnu officiellement dans les manuels de diagnostic psychiatrique, se manifeste par des épisodes psychotiques aigus, marqués par une thématique religieuse intense, chez des individus jusque-là équilibrés, lors de leur séjour dans la ville sainte de Jérusalem. Affectant indistinctement juifs, chrétiens et musulmans, ce syndrome transcende les clivages religieux et culturels.

L'histoire du syndrome de Jérusalem remonte aux récits de pèlerinages médiévaux, mais c'est dans les années 1930 que le psychiatre Heinz Hermann en fit la première description clinique, observant des comportements d'hystérie liés à la ville. Contrairement à d'autres phénomènes similaires, tels que le syndrome de Stendhal à Florence ou le syndrome de Paris, le syndrome de Jérusalem se distingue par sa spécificité religieuse, poussant certains visiteurs à s'identifier à des figures bibliques ou à entreprendre des missions messianiques.

Des recherches menées au début des années 2000 par Bar-El et al. ont tenté de définir une typologie précise de ce syndrome, distinguant notamment les cas où le syndrome s'ajoute à une pathologie psychotique préexistante de ceux où il semble surgir ex nihilo chez des personnes sans antécédents. Toutefois, cette classification reste controversée, des voix comme celles de Kalian et Witztum réfutant l'idée d'un syndrome de Jérusalem autonome et mettant en avant la préexistence de troubles chez la plupart des touristes concernés.

Malgré ces débats, le syndrome de Jérusalem a indéniablement marqué la culture populaire, inspirant pièces de théâtre, épisodes de séries télévisées, chansons et films, et reflétant une fascination collective pour la capacité des lieux chargés d'histoire et de spiritualité à influencer l'esprit humain.

Au cours des treize années d'étude menées par le Kfar Shaul Mental Health Center à Jérusalem, environ 1 200 touristes présentant des troubles mentaux sévères liés à la thématique de Jérusalem ont été référés à cette clinique, dont 470 ont nécessité une hospitalisation. Ce chiffre, bien que représentant une minorité parmi les millions de visiteurs annuels de la ville, souligne l'existence réelle de ce phénomène, même si son ampleur et sa nature exacte continuent de faire débat au sein de la communauté scientifique.